Révérends André-Gédéon Bokundoa, Éric Senga, et vous tous, pasteurs et dirigeants de l'ECC,Je dois vous avouer une chose : je n'ai pas compris. Non, je n'ai pas compris votre déclaration de la 66e session extraordinaire. Pourtant, je l'ai lue plusieurs fois, lentement, en essayant de peser chaque mot, de trouver la sagesse que vous dites incarner.Mais plus je lis, plus je suis sidéré. Non pas par la complexité du texte, mais par son absence de courage.
Dans votre déclaration, vous écrivez : "Le Comité Exécutif National trouve que toutes les réflexions présentées sur la nécessité de réformes constitutionnelles et les contraintes y afférentes sont pertinentes et constructives." Pertinentes ? Constructives ?
Messieurs les pasteurs, permettez-moi de traduire : vous venez de dire que changer la Constitution, dans le contexte actuel, est une option aussi respectable que la défendre.
Vous avez invité le pouvoir et l'opposition. Vous les avez écoutés. Et vous concluez qu'il faut un "dialogue national inclusif". Mais vous oubliez une chose essentielle : ce débat n'est pas un débat d'idées. C'est un combat pour la survie de notre État de droit.
Voici ce que vous auriez dû dire – et que je vous adresse en guise de rappel prophétique :
"La Constitution du 18 février 2006 n'est pas parfaite. Aucune constitution humaine ne l'est. Mais elle est le fruit d'un pacte républicain, né après des années de guerre et de transition. La remettre en cause aujourd'hui n'est pas un exercice démocratique. C'est une folie."
En tant qu'opposant, je ne peux pas accepter que l'ECC, cette institution historique qui a accompagné tous les combats pour la démocratie dans ce pays, se transforme aujourd'hui en arbitre neutre entre la volonté populaire et la tentation autocratique.Vous dites que le peuple est détenteur de la souveraineté. C'est vrai. Mais quel peuple ? Celui qui vit sous les bombes au Nord-Kivu ? Celui qui fuit Ebola en Ituri ? Celui qui vit sous la menace des machettes dans le Grand Katanga ? Celui qui n'a pas mangé à sa faim depuis des semaines à Kinshasa ?
Ce peuple-là n'a pas demandé un changement de la Constitution. Il demande la paix, du pain, des écoles, des routes, de la sécurité. Pas un débat sur la limitation des mandats ou le passage au régime présidentiel.Vous le savez. Mais vous feignez de l'ignorer.
Ce que je vous demande, solennellement :
1. Retirez votre bénédiction implicite au processus actuel. Ne laissez pas croire que "toutes les opinions se valent". Elles ne se valent pas. Il y a d'un côté la défense de l'acquis démocratique. De l'autre, la tentation du pouvoir sans limite.
2. Appelez publiquement au respect strict des articles 218, 219 et 220. Sans ambiguïté. Sans compromis.
3. Sortez de votre neutralité complaisante. La mission prophétique, ce n'est pas d'écouter les deux camps et de conclure que "les avis sont intéressants". La mission prophétique, c'est de dire la vérité, même quand elle dérange. Surtout quand elle dérange.
Vous citez l'hymne national : "Nous sommes un peuple uni par le sort et dans l'effort pour l'indépendance." Mais justement, cette indépendance, cette unité, ce sort commun reposent aujourd'hui sur un texte : notre Constitution. Elle est perfectible. Mais on ne la change pas pour des ambitions personnelles.
Vous dites : "Ne construisons pas des murs, jetons des ponts." Je suis d'accord. Mais un pont suppose deux rives solides. Si vous fragilisez l'une d'elles, le pont ne mène à rien. Notre Constitution, c'est cette rive. Ne la laissez pas s'effondrer. Je sais que vous aimez votre pays. Je sais que vous priez pour lui. Que Dieu vous donne la force de dire non. Non à l'aventure constitutionnelle. Et que l'ECC retrouve sa voix, celle qui faisait trembler les dictateurs et espérer les opprimés.
Merci.
Seth KIKUNI MASUDI
Président National
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