RDC face à Ebola : une gestion inquiétante qui expose la population
🗓️ 26/05/2026 à 07:20 | 👁️ 84 vues
Tribune de Maître RAMAZANI SHABANI Nuur
Alors que le variant Bundibugyo du virus Ebola menace à nouveau l’ordre sanitaire mondial, les autorités congolaises donnent une fois de plus l’image d’un pouvoir impréparé, hésitant et incapable de gérer efficacement une crise de santé publique majeure. Improvisation, tâtonnements, absence de coordination et politisation de la crise semblent caractériser la riposte actuelle.
Selon les données rendues publiques par l’Organisation mondiale de la santé le dimanche 24 mai 2026, la République démocratique du Congo compte déjà plus de 900 cas suspects, dont 101 cas confirmés. Malgré la gravité de la situation, les autorités paraissent davantage préoccupées par les enjeux de conservation du pouvoir politique que par la nécessité d’organiser une réponse sanitaire rigoureuse et efficace afin de contenir la propagation du virus.
Dans les discours officiels, le débat sur le changement de la Constitution semble occuper plus d’espace que les mesures concrètes destinées à protéger la population.
Plus inquiétant encore, le porte-parole du gouvernement, également ministre de la Communication, a déclaré sur le plateau de la RTNC, la chaîne nationale que le gouvernement n’envisageait aucune intervention dans les zones sous contrôle de l’AFC. Une telle posture révèle la primauté des considérations politiques sur l’impératif humanitaire et sanitaire, alors même qu’une épidémie ne distingue ni territoires, ni appartenances politiques, ni lignes de front.
Dans les zones sous contrôle gouvernemental, la situation demeure tout aussi préoccupante. Malgré la gravité de l’épidémie, des populations ont réussi à accéder à des centres hospitaliers où étaient traités des patients atteints ou suspectés d’Ebola. Le jeudi 21 mai 2026, à Rwampara, en périphérie de Bunia, des habitants ont récupéré le corps d’un défunt suspecté d’être porteur du virus, provoquant par ailleurs la fuite de plusieurs malades. Un incident similaire s’est reproduit le 24 mai 2026 à l’hôpital général de Mongbwalu, épicentre de l’épidémie, lorsqu’un groupe de fidèles a tenté de récupérer le corps d’un pasteur qui serait décédé de la maladie.
Ces événements soulèvent une question fondamentale : le gouvernement mesure-t-il réellement la gravité de la situation ? Comment expliquer qu’une foule puisse accéder à une zone sanitaire censée être strictement sécurisée et placée sous haute surveillance médicale ? Plus grave encore, aucune mesure sérieuse d’isolement ou de suivi sanitaire ne semble avoir été prise à l’encontre des personnes ayant été exposées à ces environnements hautement infectieux.
À Kisangani, ville située à proximité de l’Ituri, épicentre du virus, la situation sanitaire illustre également les limites de la riposte nationale. Selon des informations relayées le 22 mai 2026 par Actualite.cd, un seul médecin et quatre infirmiers seraient mobilisés pour la prise en charge simultanée des cas de Mpox et des cas suspects d’Ebola, alors même que plusieurs alertes sanitaires y sont déjà signalées. Le même manque d’anticipation et de prévision s’observe dans toutes les autres villes de la RDC.
Plus concrètement, l’État n’a, jusqu’à présent, déployé aucun effort proportionnel à la menace.
Sur le plan administratif, les rassemblements religieux massifs continuent sans respect des mesures barrières dans plusieurs zones touchées. Les transports en commun fonctionnent normalement, sans contrôle sanitaire sérieux, tandis qu’aucune politique visible de désinfection régulière des lieux publics n’a été mise en œuvre.
Sur le plan technique et matériel, le déficit est tout aussi alarmant : insuffisance du personnel soignant, manque d’équipements spécialisés, absence de motivation des équipes médicales, inexistence de primes de risque et absence d’un fonds spécial d’urgence sanitaire.
Sur le plan politique enfin, le gouvernement donne le sentiment de subir les événements plutôt que de les anticiper. L’absence de stratégie claire et cohérente laisse penser que les autorités comptent davantage sur les aides extérieures que sur leurs propres responsabilités régaliennes.
Improvisation, inaction et complaisance caractérisent aujourd’hui la gestion de cette crise, mettant en danger non seulement les Congolais, mais également les populations de toute la région et, potentiellement, du monde entier.
Le gouvernement doit impérativement se ressaisir et assumer pleinement sa responsabilité de protection de la population.
Les enjeux sont considérables.
Au-delà du risque sanitaire immédiat, la RDC pourrait faire face à un isolement international si la crise venait à échapper à tout contrôle. Une telle situation aurait des conséquences dramatiques sur l’économie nationale, les échanges internationaux et les conditions sociales déjà fragiles de millions de Congolais.
Diriger, c’est prévoir, anticiper et agir. Reproduire face à Ebola les mêmes erreurs d’improvisation observées dans la gestion de la crise sécuritaire reviendrait à exposer davantage encore la population à la souffrance et à la mort.
Maître RAMAZANI SHABANI Nuur
Haut Représentant du Parti
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